L’État ne se construit pas par la flatterie… mais par le travail et la production / Aly Ould Eleyouta

Nous sommes-nous déjà posé cette question : pourquoi accusons-nous du retard alors que notre pays regorge de richesses, de jeunes et de compétences ?

La réponse est douloureuse, mais évidente : parce que nous avons accepté de récompenser la flatterie au détriment du travail !

Le travail, c’est la vie, et la production, c’est la dignité.

Le travail ne se résume pas à un salaire à la fin du mois. Il est une valeur fondamentale de l’être humain. C’est par le travail que l’individu se construit, préserve sa dignité et accède à l’indépendance, sans avoir à tendre la main à qui que ce soit.

C’est par le travail et la production que se bâtissent les sociétés, que se construisent les États et que progressent les nations. Aucun pays au monde ne s’est développé grâce aux discours et aux slogans, mais plutôt grâce aux usines, aux exploitations agricoles, aux écoles, aux routes, aux universités, aux laboratoires… et surtout grâce aux bras et au savoir-faire de ses citoyens.

Mais que se passe-t-il lorsque la flatterie devient le principal moyen d’accéder aux postes de responsabilité et aux privilèges ?

Lorsque celui qui excelle dans l'éloge des responsables est récompensé, tandis que celui qui maîtrise son travail est marginalisé ?

C’est là que survient la catastrophe !

Récompenser les flatteurs tue l’esprit de sérieux, de persévérance et d’engagement chez les personnes compétentes et celles qui portent de véritables initiatives. Pourquoi un ingénieur, un médecin, un enseignant ou un agriculteur ferait-il des efforts si celui qui réussit est celui qui maîtrise l’hypocrisie plutôt que celui qui excelle dans son travail ?

Comment un jeune peut-il faire preuve de créativité et d'initiative lorsqu'il constate que la richesse s'acquiert par des voies faciles, grâce aux relations et au favoritisme, plutôt que par la sueur et l'effort ?

L'enrichissement facile de certains tue l'esprit d'entreprise, affaiblit l'autonomie et pervertit les mentalités des jeunes et des générations montantes. Le rêve du jeune devient alors de trouver un « piston » plutôt que de créer une entreprise, de chercher des « relations » plutôt que de développer ses compétences !

Il en va de même pour la tribu. Elle représente notre famille, notre identité et une composante de notre patrimoine social dont nous sommes fiers. Mais elle ne doit en aucun cas devenir un instrument d'enrichissement personnel ou un tremplin vers les postes de responsabilité.

Lorsque nous instrumentalisons l'appartenance tribale pour obtenir des emplois ou décrocher des marchés, nous faisons injustice aux compétences, à la tribu elle-même et à toute la nation.

La patrie est plus grande que la tribu, et la compétence doit primer sur l'appartenance.

Vient ensuite la corruption, qui achève de noircir ce tableau. Chaque ouguiya détourné des deniers publics représente une école qui n'a pas été construite, un hôpital qui n'a pas été équipé, une route qui n'a pas été aménagée et un jeune qui n'a pas trouvé d'emploi.

La lutte contre la corruption n'est pas un simple slogan : elle est une condition essentielle à la survie de l'État. Les ressources publiques doivent être consacrées au développement du pays, et non finir dans les poches des corrompus.

Le Président de la République appelle régulièrement à l'adoption d'une politique sage, juste et courageuse : une politique qui récompense ceux qui travaillent et non ceux qui flattent ; une politique qui encourage l'autonomie plutôt que la dépendance à l'égard des autres.

Une politique qui place l'homme qu'il faut à la place qu'il faut, et non le proche qu'il faut à la place qu'il faut.

Imaginez avec moi un pays où l'enseignant dévoué, le médecin consciencieux, l'agriculteur productif et le jeune entrepreneur sont reconnus et récompensés à leur juste valeur… À quoi ressemblerait-il ? Ce serait un grand pays !

Commençons donc par nous-mêmes : travaillons, produisons, comptons sur nos propres capacités et rejetons la flatterie, la corruption et le favoritisme.

Car les nations ne se construisent pas grâce à ceux qui flattent les dirigeants… mais grâce à ceux qui servent leur patrie.