Trois étudiants mauritaniens au cœur de l’innovation climatique à Nouakchott : les résultats d’une étude scientifique sur l’habitat bioclimatique HABIDEM

CRIDEM: trois années de partenariat entre HABIDEM et l’École Polytechnique de Nouakchott au service de la recherche appliquée, de la formation des ingénieurs et de la résilience climatique des bâtiments. Comment préparer les ingénieurs de demain à relever les défis climatiques du Sahel ? La réponse passe par une collaboration étroite entre l’université, les entreprises et la recherche appliquée.

C’est cette conviction qui guide, depuis trois ans, le partenariat entre HABIDEM et l’École Polytechnique de Nouakchott, avec l’ambition de rapprocher les connaissances scientifiques des réalités du terrain afin de développer des solutions d’habitat durable adaptées aux conditions climatiques sahéliennes.

Aujourd’hui, ce partenariat public-privé démontre tout son potentiel à travers le rapport de stage de trois élèves ingénieurs de l’École Polytechnique de Nouakchott. Encadrés conjointement par leurs enseignants, par les équipes d’HABIDEM et avec l’appui technique du bureau d’études EMASOL (Dakar), les étudiants ont mené une recherche scientifique sur un habitat bioclimatique situé à Tevragh Zeina (Nouakchott), instrumenté pendant dix mois afin d’évaluer objectivement ses performances thermiques en conditions réelles.

Cette étude s’appuie sur l’habitat bioclimatique à Nouakchott qui a reçu une distinction internationale dans le cadre des Green Solutions Awards – COP30 de Belém (Brésil), illustrant ainsi le potentiel des solutions constructives développées localement.

Une recherche appliquée au service du territoire

Le prototype étudié combine des briques de terre crue, des panneaux isolants en Typha, des enduits terre–chaux, une toiture en chaume de Typha et hourdis de Typha ainsi qu’une conception bioclimatique favorisant la ventilation naturelle.

L’objectif est simple mais ambitieux : concevoir un habitat capable d’assurer le confort thermique tout en réduisant fortement la dépendance à la climatisation, particulièrement dans un contexte sahélien où les températures estivales dépassent régulièrement 40 °C.

La valeur scientifique de cette étude réside dans son approche expérimentale. Pendant dix mois, les étudiants ont exploité des données issues d’une instrumentation in situ afin de mesurer avec rigueur le comportement thermique réel du bâtiment.

Des résultats scientifiques prometteurs

Les analyses mettent en évidence plusieurs résultats majeurs :

• Une température intérieure maintenue entre 22 et 27 °C, malgré des températures extérieures atteignant 44 °C ;

• Un déphasage thermique supérieur à neuf heures, limitant fortement la pénétration de la chaleur dans les espaces de vie ;

• Une enveloppe en matériaux locaux bas carbone à haute performance thermique, avec une toiture en chaume de Typha particulièrement efficace pour limiter les apports de chaleur.

Ces résultats démontrent qu’une architecture fondée sur les matériaux biosourcés et géosourcés disponibles localement peut offrir une réponse crédible aux enjeux du confort thermique, de la réduction des consommations énergétiques et de la décarbonation du secteur du bâtiment en Mauritanie.

Former les jeunes ingénieurs qui construiront la Mauritanie de demain

Au-delà des performances techniques observées, cette expérience illustre la valeur pédagogique de la recherche appliquée. En travaillant sur un démonstrateur grandeur nature, les étudiants acquièrent des compétences en instrumentation, analyse de données, thermique du bâtiment, expérimentation et innovation. Ils découvrent également comment la recherche scientifique peut répondre à des problématiques concrètes de développement durable.

Cette immersion constitue une étape essentielle dans la formation des jeunes ingénieurs capables d’imaginer des solutions adaptées aux réalités climatiques, économiques et sociales de la Mauritanie et en Mauritanie.

Un partenariat public–privé au service de la résilience climatique

Cette étude illustre parfaitement la complémentarité entre les missions de l’université et celles de l’entreprise. L’École Polytechnique apporte la rigueur scientifique, les compétences académiques et la formation des futurs ingénieurs.

HABIDEM met à disposition un laboratoire vivant d’innovation en milieu réel , des solutions constructives expérimentales et un terrain d’application permettant de transformer les connaissances en réalisations concrètes.

Ensemble, ils démontrent qu’il est possible de produire des connaissances scientifiques directement utiles au développement du territoire.

Une ambition pour la Mauritanie et le Sahel

Face à l’intensification des vagues de chaleur, à la croissance des besoins en logements et à l’urgence climatique, cette collaboration ouvre une voie prometteuse.

Elle montre que les réponses aux défis climatiques sont locales et peuvent émerger de la coopération entre les établissements d’enseignement supérieur, les entreprises innovantes, les chercheurs, les étudiants, les centres de formation professionnelle et les partenaires techniques.

Nous adressons nos plus sincères félicitations aux trois élèves ingénieurs de l’École Polytechnique de Nouakchott pour la qualité de leur travail, ainsi qu’aux enseignants-chercheurs, aux équipes d’HABIDEM, à Ibrahima Niang enseignant-chercheur du cabinet MBN Dakar, et au bureau d’EMASOL pour leur engagement dans cette dynamique collective.

Ce partenariat illustre une conviction forte : l’innovation climatique ne se décrète pas, elle se construit ensemble. En rapprochant l’université, l’entreprise et la recherche appliquée, la coopération Sud-Sud, la Mauritanie se donne les moyens de concevoir les solutions de construction durable dont le Sahel a aujourd’hui besoin.

Oumar Wélè

Expert Résilience Climatique et Bâtiments Durables

Tel/WhatsApp: +222 41956932 –

Mail: [email protected]