Le Maroc et la Mauritanie s'engagent à renforcer leur coopération en matière de sécurité face aux défis du Sahel

ATALAYAR - Pour le Maroc, une coordination plus étroite avec la Mauritanie contribue à sécuriser les frontières sud du royaume et renforce son rôle d'acteur régional en matière de sécurité.

Le Maroc et la Mauritanie s'apprêtent à approfondir ce qui est devenu l'un des partenariats de sécurité les plus importants du Maghreb occidental. Les deux pays renforcent en effet leur coordination en matière de contrôle des frontières, de gestion des migrations, de lutte contre le crime organisé et de lutte contre le terrorisme, alors que l'instabilité gagne le Sahel.

Lors d’entretiens à Rabat, le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et le ministre mauritanien de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, ont convenu de renforcer la coopération entre leurs ministères et de mettre en place de nouveaux mécanismes de coordination en matière de sécurité.

Si la réunion s’est concentrée sur des enjeux immédiats tels que la migration irrégulière et la criminalité transfrontalière, les responsables des deux pays ont inscrit ces discussions dans le cadre d’un effort stratégique plus large visant à préserver la stabilité régionale et à sécuriser les couloirs commerciaux et de transport reliant l’Afrique du Nord à l’Afrique de l’Ouest.

L’importance de ce partenariat tient en grande partie à la géographie. La Mauritanie se trouve au carrefour du Maghreb et du Sahel, ce qui en fait un pays de transit clé pour le commerce, les flux migratoires et les mouvements liés à la sécurité. Le Maroc, quant à lui, constitue l’une des principales portes d’entrée entre l’Afrique et l’Europe.

Cette conjoncture a fait de la sécurité aux frontières une priorité stratégique commune. Les deux gouvernements cherchent à améliorer le partage de renseignements, à coordonner les opérations sur le terrain et à surveiller les mouvements le long des zones désertiques reculées, qui sont de plus en plus empruntées par les trafiquants et les groupes militants.

La migration au cœur des débats

L’une des questions les plus urgentes abordées à Rabat a été celle de la migration irrégulière.

Au cours des dernières années, le littoral atlantique de la Mauritanie s’est imposé comme un point de départ majeur pour les migrants tentant la périlleuse traversée vers les îles Canaries espagnoles. Ce changement des itinéraires migratoires a accru la pression sur la Mauritanie et le Maroc pour qu’ils renforcent la surveillance et démantèlent les réseaux facilitant le déplacement des migrants.

Selon des responsables, les deux pays s’efforcent d’échanger des informations sur les itinéraires migratoires, de renforcer les contrôles aux points de passage terrestres et dans les zones côtières, et de lutter contre les organisations de traite d’êtres humains qui tirent profit de la migration irrégulière.

Au-delà de la migration : criminalité organisée et terrorisme

La coopération s’étend bien au-delà du contrôle des migrations.

Les services de sécurité des deux pays sont de plus en plus préoccupés par les réseaux criminels opérant dans la vaste région du Sahara, où des passeurs font passer de la drogue, des armes, du carburant et d’autres marchandises à travers un terrain accidenté et difficile à surveiller.

Le Maroc et la Mauritanie ont donc renforcé leur coopération en matière de renseignement afin d’identifier et de démanteler les réseaux criminels transfrontaliers.

La lutte contre le terrorisme reste également un élément majeur de ce partenariat. Face aux groupes armés actifs dans certaines parties du Sahel, les deux gouvernements cherchent à empêcher les éléments extrémistes d’exploiter les zones frontalières comme voies de transit ou bases logistiques.

Selon les observateurs, l’amélioration récente des relations politiques entre Rabat et Nouakchott a donné un nouvel élan au partenariat en matière de sécurité.

Ce qui était autrefois principalement axé sur la gestion des frontières s’intègre de plus en plus dans une stratégie régionale plus large qui inclut la protection des voies commerciales, la sécurisation des couloirs de transport entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest, ainsi que la coordination des réponses aux menaces transnationales.

La visite du ministre mauritanien de l’Intérieur est largement considérée comme s’inscrivant dans cet effort plus large visant à institutionnaliser la coopération entre les deux pays, tant au niveau central que local.

Pourquoi est-ce important au niveau régional ?

Pour le Maroc, une coordination renforcée avec la Mauritanie contribue à sécuriser les approches sud du royaume et renforce son rôle d’acteur régional en matière de sécurité.

Pour la Mauritanie, la coopération avec le Maroc apporte un soutien supplémentaire dans la gestion des flux migratoires et la lutte contre des réseaux de trafic de plus en plus sophistiqués.

Pour l’ensemble de la région, les analystes estiment que ce partenariat pourrait devenir un facteur de stabilisation important à un moment où plusieurs États du Sahel sont aux prises avec des crises sécuritaires, des transitions politiques et une pression croissante exercée par des groupes criminels organisés.

En conséquence, les discussions menées à Rabat ne portaient pas simplement sur la coordination bilatérale, mais sur la mise en place d’un cadre de sécurité dont les deux pays espèrent qu’il contribuera à une plus grande stabilité dans l’ouest de la Méditerranée et au Sahel.

Daniel Abascal