Le développement dans la wilaya de l’Adrar : entre un potentiel considérable et des résultats limités

La wilaya de l’Adrar se situe dans le nord mauritanien, comme une vaste extension désertique qui renferme dans ses reliefs la mémoire des lieux et la profondeur de l’histoire. Elle s’étend sur une superficie avoisinant les 235 000 km², soit 22,65 % de la superficie totale de l’État mauritanien, ce qui en fait l’une des wilayas les plus vastes du pays, et l’une des plus lourdes de sens sur les plans géographique et stratégique. Par ses montagnes, ses plaines, son climat saharien harmonieux et ses paysages naturels enchanteurs, l’Adrar constitue une région touristique attractive et une destination prisée par les visiteurs européens. Elle représente également un réservoir fondamental de manuscrits arabo-islamiques.

La wilaya de l’Adrar est limitée au nord par le Tiris Zemmour, à l’ouest par Dakhlet Nouadhibou et l’Inchiri, à l’est par le Hodh Chargui, et au sud par le Trarza et le Tagant. Ses reliefs offrent au visiteur une diversité saisissante : hauts plateaux rocheux majestueux, vallées anciennes chargées de mémoire, oasis verdoyantes palpitant de vie, dessinant ainsi un tableau naturel d’une rare beauté, où se mêlent rudesse et fascination, silence du désert et souffle de la vie.

Ce positionnement n’a jamais été une simple géographie muette : il a constitué, à travers les siècles, un axe majeur des grandes caravanes, un carrefour du commerce transsaharien et un pont civilisationnel entre l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre. Cela confère aujourd’hui à la wilaya, dans la logique du monde moderne, une vocation objective à devenir un pôle économique prometteur dans les domaines de l’agriculture, du transport, du commerce et des services logistiques, à condition qu’elle soit intégrée dans une vision de développement rationnelle, cohérente et à long terme.

Les oasis occupent dans la wilaya de l’Adrar la place du cœur dans le corps : elles constituent le socle de l’économie locale et son pilier historique. La culture du palmier dattier et la production de dattes forment l’ossature de l’activité agricole, sous l’ombre desquels prospèrent les cultures maraîchères et se structurent les modes de vie et de sédentarisation. L’oasis n’est pas ici un simple espace économique, mais un véritable système de vie, une culture de production et une structure sociale complète.

Selon des données récentes, la Mauritanie compte environ 2,6 millions de palmiers dattiers, produisant annuellement près de 24 000 tonnes de dattes. La seule wilaya de l’Adrar en abrite entre 1,2 et 1,8 million, soit près de 50 % de la production nationale.

Sur le plan touristique, l’Adrar n’est pas une simple destination, mais une mémoire ouverte sur l’histoire. Ses villes anciennes, telles que Chinguetti et Ouadane, ne sont pas des pierres muettes, mais de véritables textes architecturaux vivants ; ses mosquées ancestrales ne sont pas seulement des lieux de culte, mais des témoins de civilisation, des cartes intellectuelles et des itinéraires du savoir. Ces cités, classées au patrimoine mondial de l’humanité, condensent des siècles de rayonnement scientifique, commercial et religieux au cœur du Sahara.

Le tableau se complète par une géographie envoûtante : vallées, dunes, montagnes et immensités désertiques ouvertes sur l’horizon, offrant au lieu une dimension esthétique rare, qui fait de l’Adrar un espace idéal pour le tourisme écologique, culturel et spirituel à la fois. Par ailleurs, la wilaya représente un centre civilisationnel et culturel dans la mémoire mauritanienne, à travers ses bibliothèques historiques, ses centres de savoir et son patrimoine intellectuel, qui reflètent son rôle central dans la circulation des connaissances entre le nord et le sud du Sahara.

Malgré la centralité de l’espace oasien dans la vie des populations de l’Adrar, les interventions de développement sont restées en deçà des attentes et des défis. Plusieurs projets ont été lancés, notamment le projet des oasis en partenariat international, sous les slogans du développement durable et du renforcement des capacités techniques et économiques des populations. Cependant, les résultats concrets sont demeurés limités : faible production, sédentarisation fragile, amélioration lente des conditions de vie, ne correspondant ni aux promesses annoncées ni à l’ampleur des ressources et financements mobilisés au nom du développement de la wilaya.

Des secteurs gouvernementaux ont également initié divers programmes, projets et ateliers dans l’Adrar ; certaines améliorations ont été observées au niveau des infrastructures et du secteur touristique, avec l’ouverture d’établissements hôteliers et l’organisation de rencontres consultatives sur le développement des oasis. Toutefois, l’impact réel de ces interventions est resté davantage symbolique que structurel.

Des facteurs objectifs, tels que le changement climatique, la raréfaction des ressources hydriques et la dégradation des écosystèmes, ont contribué à affaiblir la rentabilité de ces projets, mais ils n’expliquent pas à eux seuls l’ampleur de l’échec. L’absence de vision globale, la mauvaise planification, la faiblesse de la gouvernance et du suivi constituent des causes structurelles majeures de cet échec persistant, indépendamment du changement des responsables et des régimes.

La scène politique locale n’a pas été en marge de cette dynamique. La faiblesse de l’action politique de développement, ainsi que l’absorption d’une partie des élites et des élus dans des calculs étroits et des conflits stériles, ont vidé le développement de sa substance réelle. La vision stratégique a fait défaut, tandis que les intérêts immédiats ont prévalu, affaiblissant la capacité de la wilaya à attirer les investissements, à défendre ses grands projets et à imposer ses priorités dans les politiques nationales.

Avec l’absence d’un dialogue constructif entre la société civile et les élites politiques, la quasi-disparition des cadres et hommes d'affaires originaires de la wilaya, ainsi que la faiblesse de la transparence dans la gestion des ressources, un sentiment général de marginalisation s’est enraciné : celui que l’Adrar, malgré sa richesse, demeure en dehors de l’équation de la répartition équitable du développement national.

La wilaya de l’Adrar n’est pas pauvre en ressources, mais pauvre en bonne gouvernance. Elle porte dans sa terre la richesse, dans son histoire la légitimité, et dans ses habitants la force humaine. Elle a besoin d’un projet de développement global, capable de transformer la géographie en économie, l’histoire en investissement et le patrimoine en valeur ajoutée.

Alors seulement, l’Adrar pourra passer du statut de périphérie du développement à celui de centre de l’action nationale, et se transformer d’un réservoir de potentialités inexploitées en un véritable levier de développement pour le nord de la Mauritanie, dans le cadre d’un partenariat conscient entre l’État, la société, les élites et les acteurs politiques, à l’horizon d’un avenir plus juste et plus prospère.